samedi 1 juin 2019

écriture 4: "sur mon chemin..."


Vois sur ton chemin -- Les Choristes



Le premier matin, j’avais eu peur de me faire malencontreusement écrasée par une voiture sur la chaussée. Maintenant je traverse la rue Mirabeau de façon plus décidée, je peux donc acheminer toutes mes angoisses vers ma plus grande crainte : être découverte
(suis-je vraiment américaine ? à vous de décider)
je m’approche des arbres « sentinels », d’où parviennent les vrilles de lumière,

« …une lumière dorée brille sans fin, tout au bord du chemin… »

…après avoir croisé le carrefour avenue André Malraux, je ferme les yeux et suis rentrée dans la salle de classe de Madame au second (L01). La lumière quotidiennement aveuglante s’était éteinte, pour mieux éclairer le chef-d’écran de Bruno Coulais. On s’étendait au sol pour se positionner de manière plus confortable. J’en avais déjà marre du lycée, mais pendant un instant je me suis laissée porter par le vent délassant des voix gamines. Je n’aurais jamais prévu le chemin hasardeux qui finirait par m’emmener ici, sous les arbres doux de l’avenue André Malraux, autrement dit vers mes

« …bonheurs enfantins, trop vite oubliés, effacés… »

…c’est ici le quai Malraux. L’autre jour en chemin j’avais remarqué Marie-Isabelle là-devant, sûrement attendant le 4. J’aurais dû la saluer
            (la honte)
mais elle était au téléphone
            (attitude défensive)
ben oui mais t’aurais pu lui faire un signe de la main, au moins
            (qui aime trop faire plaisir aux autres)
mais son dos était tourné vers moi
            (mille excuses)
ouf arrête-toi enfin !!
            (je ne pourrai jamais gagner)

Je suis deux gamines (plutôt collégiennes mais peu importe) et pendant un moment bref je les suis, en chair. J’inspire l’aire de quelques mètres devant mon corps physique ; je trace de la pointe de ma langue les bagues orthodontiques qui ornent mes dents ; je réfléchis à l’ancienne politique de mon collège. Est-ce que Sammi et David sortent encore ensemble ? Il se serait passé quoi si j’avais pas réussi à être acceptée dans l’équipe d’athlétisme ? Ou si Melanie avait beau gagné sa campagne pour mener l’association étudiante ? Ou si j’avais fait de mon mieux pendant le concours d’orthographe en sixième ?
            (comment puis-je commencer à classer l’importance d’ événements si banals, mais       apparemment si collants aussi ?)

« sens, cœur de la [ville], l’onde d’espoir, l’ardeur de la vie, sentier de [bois]… »

…en déambulant petit à petit le long du fleuve, j’arrive vers le centre-ville ; à gauche, la maison funéraire
            (déprimant)
mais à droite, la bibliothèque municipale de Tours
            (ravie !)
et puis à gauche, la statue de Descartes
            (je vois, donc je suis … presque arrivée ? NON encore un pont de plus M*RDE ALORS je dois me dépêcher)
et finalement la grande rue Nationale
            (allez zouuu !)

Je suis presque arrivée, cette fois pour de vrai. Je continue, je vois deux fillettes à scooters

« ... donnez-leur la main pour les mener vers d’autres lendemains… »

…je file vers ma destination en faisant attention de garder les yeux baissés, pour ne pas attirer des regards peu judicieux
            (suis-je encore FEMINISTE ?)

Une fois un homme plus âgé s’est assis sur un banc, à quelques centaines de mètres de la fac, pendant ma promenade comme décrite plus haut. J’avais abaissé la tête et sentais la fumée en passant devant lui
(narines trop dilatées)
mais malgré tout, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que c’était le fils de quelqu’un, peut-être avait-il un fils lui-même, supposément c’était aussi l’ami ou l’amant d’un.e autre. Je me demande quels sont les souvenirs qui flânent le long de ses chemins


{les 'baobabs' de tours}



{{ paroles aux guillemets viennent de la chanson « Vois sur ton chemin » des Choristes, arrangé par Bruno Coulais }}



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