Vois sur ton chemin -- Les Choristes
Le premier matin, j’avais eu peur de me faire malencontreusement écrasée par une voiture sur la chaussée. Maintenant je traverse la rue Mirabeau de façon plus décidée, je peux donc acheminer toutes mes angoisses vers ma plus grande crainte : être découverte
(suis-je vraiment américaine ? à vous de décider)
je m’approche des
arbres « sentinels », d’où parviennent les vrilles de lumière,
« …une lumière dorée brille sans fin, tout au bord du
chemin… »
…après avoir croisé le carrefour avenue André Malraux, je
ferme les yeux et suis rentrée dans la salle de classe de Madame au second (L01).
La lumière quotidiennement aveuglante s’était éteinte, pour mieux éclairer le chef-d’écran de
Bruno Coulais. On s’étendait au sol pour se positionner de manière plus confortable. J’en avais déjà marre du
lycée, mais pendant un instant je me suis laissée porter par le vent délassant des voix gamines. Je
n’aurais jamais prévu le chemin hasardeux qui finirait par m’emmener ici, sous les arbres doux de l’avenue
André Malraux, autrement dit vers mes
« …bonheurs enfantins, trop vite oubliés,
effacés… »
…c’est ici le quai Malraux. L’autre jour en chemin j’avais
remarqué Marie-Isabelle là-devant, sûrement attendant le 4. J’aurais dû la saluer
(la honte)
mais elle était au téléphone
(attitude
défensive)
ben oui mais t’aurais pu lui faire un signe de la main, au moins
(qui aime
trop faire plaisir aux autres)
mais son dos était tourné vers moi
(mille
excuses)
ouf arrête-toi enfin !!
(je ne pourrai jamais gagner)
Je suis deux gamines (plutôt collégiennes mais peu importe)
et pendant un moment bref je les suis, en chair. J’inspire l’aire de quelques
mètres devant
mon corps physique ; je trace de la pointe de ma langue les bagues orthodontiques qui ornent mes
dents ; je réfléchis à l’ancienne politique de mon collège. Est-ce que
Sammi et David sortent encore ensemble ? Il se serait
passé quoi si j’avais pas réussi à être acceptée dans l’équipe d’athlétisme ?
Ou si Melanie avait beau gagné sa campagne
pour mener l’association étudiante ? Ou si j’avais fait de mon
mieux pendant le concours d’orthographe
en sixième ?
(comment
puis-je commencer à classer l’importance d’ événements si banals, mais apparemment
si collants aussi ?)
« sens, cœur de la [ville], l’onde d’espoir, l’ardeur
de la vie, sentier de [bois]… »
…en déambulant petit à petit le long du fleuve, j’arrive vers le
centre-ville ; à gauche, la maison funéraire
(déprimant)
mais à droite, la bibliothèque municipale de Tours
(ravie !)
et puis à
gauche, la statue de Descartes
(je vois, donc je suis … presque
arrivée ? NON encore un pont de plus M*RDE ALORS je dois me dépêcher)
et finalement
la grande rue Nationale
(allez zouuu !)
Je suis presque arrivée, cette fois pour de vrai. Je continue, je vois deux fillettes à scooters
« ... donnez-leur la main pour les mener vers d’autres
lendemains… »
…je file vers ma destination en faisant attention de garder
les yeux baissés, pour ne pas attirer des regards peu judicieux
(suis-je
encore FEMINISTE ?)
Une fois un homme plus âgé s’est assis sur un banc, à quelques centaines de mètres
de la fac, pendant ma promenade comme décrite plus haut. J’avais abaissé
la tête et sentais la fumée en passant devant lui
(narines trop dilatées)
mais malgré
tout, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que c’était le fils de
quelqu’un, peut-être avait-il un
fils lui-même, supposément c’était aussi l’ami ou l’amant d’un.e autre. Je me demande quels sont les souvenirs
qui flânent le long de ses chemins
{{ paroles aux guillemets viennent de la chanson « Vois
sur ton chemin » des Choristes, arrangé
par Bruno Coulais }}
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