lundi 17 juin 2019

écriture: lieu d'a.pays.ement, semaine du 10-17 juin


i. l’espace

À travers la fenêtre tachée, je remarque, Amboise-centre : PLACE DE LA RÉSISTANCE
Une vague me bascule, brièvement : s’agit-elle de la déception ? de l’incrédulité ? des tentacules d’une connaissance attendue, quand même amère, collante ?
Aussitôt les alentours disparaissent : on poursuit la conduite, le panneau qui avait instantanément ancré mon esprit s’évanouit, bientôt le tourbillon de couleurs n’est qu’une moucheture éloignée

>>Est-elle existée vraiment ?

Dans la cuisine de mon foyer d’accueil, j’explique, d’façon décousue : LIEU D’ApaysEMENT
Une espérance me traverse, brièvement : vont-ils m’en parler, finalement ? de leur résistance familiale ? des restes d’un quotidien longtemps démodé, disparu ?
Aussitôt il brise la pause : mais c’est une décision curieuse que t’as pris de t’installer là-bas, y’a plein d’endroits plus beaux à Tours, également (ou plus) historiques…

>>Pourquoi rends-je toujours ma vie plus difficile, compliquée, incohérente ?

ii. l’esprit

Derrière la mine soit inquiète, soit triste, jamais paisible, réside le co-locuteur indéfini, infernal : l’ouragan incessant de craintes, de croyances, de créations, toutes cinglées. À la suite de ses règles imaginaires, la jeune qui cherchait la certitude :

-n’a rien dit
-commencé à dire, mais de voix douce, inaudible
-s’est tue devant les gorges plus fortes, plus grandes
-ne voyait qu’au cadre de la compétition
-ne cherchait qu’à gagner cette compétition

-n’a rien dit lorsque la compétition est devenue indéniablement fausse, destructive de manière inouïe
-commencé à dire de ses détresses, mais de manière atténuée, réduite
-s’est tue devant les marginalisés qui souffraient de façon plus forte, plus grande
-ne voyait qu’au cadre d’un avenir impossible, insupportable
-ne cherchait qu’à faire plaisir aux autres, en espérant d’y trouver l’acceptation inaccessible

-n’a rien dit lorsqu’elle s’est confiée aux médecins, psychologues, conseillères
-commencé à s’épanouir, mais de poussées restreintes, toujours inquiètes
-s’est tue devant les bien-vivantes trop pratiquées, trop parfaites
-ne voyait qu’au cadre de ses fautes, impossibles à régler
-ne cherchait qu’à donner de l’amitié dont elle se cachait d’elle-même

iii. l’identité

celle qui attend la prochaine réussite ;
jamais assez

celle qui fait trop confiance aux avis d’autrui ;
jamais ses propres

            celle qui en a marre de ce qu’elle a ;
                                                                       et cherche ce qu’elle n’a pas

                        celle qui s’efforce à la perfection ;
                                                                       et s’ennuie de ceux qui la prétendent

                                    celle qui se lance contre ses démons ;
                                                                       nouvelle tentative
de


    RÉSISTANCE


Bande-son: Breathe in, Frou Frou

en conversation avec la ville (2)

coucou!




encore une fois, svp venez me visiter! je me trouve au 
jardin des vikings,
2 rue des ursulines, 37000 Tours

écriture: autoportrait (avec françois bon)

Dans la rue, je mets mes écouteurs. J’ai grande peur de laisser des taches de dentifrice dans l’évier de la salle de bain. La nuit, les formes indistinctes, floues, des autocollants phosphorescents au plafond me captivent. Je me demande si la serveuse du Valmy me reconnaît déjà,, celle aux cheveux longs, habituellement en queue de cheval lisse. Ça me fait un plaisir inouï d’entendre les gamin.e.s qui font de la trottinette dans la rue. Il y a quelques jours, j’ai dû me ressaisir avant d’indiquer à une mère et son fils comment aller de la place Plume à la rue Nationale : [profonde inspiration] Oui, oui, faut simplement continuer à droite, oui, oui, par là, ouais, pas de soucis, au revoir ! [deuxième profonde inspiration ; puis doux soupir]. Quand je regarde l’ancienne muraille de la ville, dans le jardin des Vikings, ma première pensée va à la réplique du Kotel à côté du bima dans ma syna d’enfance ; ma deuxième pensée va au vrai mur des lamentations à Jérusalem ; et ma troisième me ramène aux vieux murs palimpsestes d’Istanbul, de l’été passé. Parfois je songe à compter les feuilles des arbres une par une, avenue André Malraux. Quel luxe, de pouvoir ainsi passer une journée entière à compter des feuilles d’arbre ! Suis-je encore féministe, alors que je baisse la tête pour marcher en ville ? L’autre jour, de l’autre côté d’un carrefour, j’ai remarqué une femme à vélo qui portait mes chaussures. Aux bruits des avions qui déchirent le ciel, je me remémore une guerre que j’ai pas vécue. Mon imperméable, est-il trop américain ? (Alors : reflète-elle mon âme ?) Je mets mes boucles d’oreille, ma bague, ma montre ; je suis brave. Jamais plus je ne quitterai une résidence sans au moins un de ces accessoires, pour me rappeler ma dignité. (T’entends, Sophie ?) J’éternue sans cesse allongée dans l’herbe, je décide de m’y planter quand même. Au début, j’ai hésité avant de traverser les carrefours. Ici je jacasse sans relâche. Toujours je crains la prochaine catastrophe : qu’est-ce que je vais manger cet après-midi, ce soir, demain matin, demain au déjeuner, demain soir, pendant la durée entière de l’année qui arrive ???? L’une des dernières fois qu’il était chez nous, mon grand-père nous avait expliqué la détresse des jeunes qui meurent de faim à Philadelphie. La première fois que je l’ai revu, environ trois ans et une enfance après, il m’avait acheté un café. Aucun mot sur les affamés. De temps en temps, seule, je savoure la forme de mes lexèmes préférées : cham-bou-ler ; cris-{sssss}-per ; bou-lev-er-se-{mmm}-ment ; puisque. Récemment j’ai commencé à me réveiller, en mi-journée, pour me rappeler de VIVRE. J’accroche mes serviettes au cadre de la fenêtre. Mardi, un arc-en-ciel transperça les nuages éloignés. [Quand je m’ennuie, je travaille mon passé simple]. Comme si un tel passé existait, au niveau de nos expériences éprouvées… Généralement je préfère les framboises aux fraises ; ici, mes certitudes bien réglées se renversent. Je fixe des yeux une passante et me demande ce qu’elle ressent en rentrant chez elle, les soirs. Même phénomène, avec les mecs que je croise. Aussitôt j’arrache mes doigts du clavier et commence à
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Bande-son: Imposters (Little by Little) - The Fratellis