Ciel pluvieux,
nuages grisâtres – couleur des cheveux d’une meuf qui me rappelle encore une
fois Chantal (elle est partout)
Les oiseaux circulent, de telle façon qu’ils semblent tracer
un parallèle avec les pensées molles
en train de mouliner dans ma tête
Deux mecs, un mec, 3 mecs, se croisent sans se rendre compte
(j’imagine) de la présence les uns des autres
Un autre fume une clope,
non-roulée
J’entretiens des pensées qui doivent se concrétiser par mon
regard.
Enfoncé (c’est-à-dire
trop concentré) ? Potache
(c’est-à-dire pas à sa place) ? Inquiet ? (…toujours)
(2) Dans le hall de la
gare
L’heure : 10h10
2 meufs, 1 mec, une paire ; chacun.e ne laisse que des pas transitoires derrière
lui.elle.
Maintenant, tou.te.s disparu.e.s
Je ne vois ni mendiante,
ni mendiant autour de moi. Une femme s’arrête juste devant moi, deux valises,
une dans chaque main. Avant la terminaison
de cette phrase, elle s’est déjà effacée
En fait j’ai eu tort, il y a quelques minutes ; un
mendiant vient de s’approcher de moi, m’a demandé de l’argent pour un café,
juste un café madame…
J’ai rien répondu ; plutôt j’ai fixé des yeux un sommet (prétendu) aléatoire, qui a filé avec lui.
(3) Le sol de la gare
L’heure : 10h17
Je m’assieds, malgré la saleté.
Ma mère ne l’aurait jamais fait (c’est-à-dire s’asseoir ici, je pense ;
mais je ne suis pas en fait convaincue par ma propre réflexion). Je constate
une lignée grise parmi la vieille blancheur du sol ; même le plancher poussiéreux a son propre liseré. Le vacarme mécanique des trains stationnés me fait mal aux oreilles.
Une mère, jeune fille ; 2 mecs, chacun porte un
bonnet ; je vois le deuxième chien du matin.
Déjà de nouveau arrivés sont installés, leurs pas ouatés mènent l’enfiladefeutrée du
matin.
(4) Le plafond de la
gare
L’heure : 10h25
La froideur du banc m’effleure – des tressaillements glacés m’arrivent directement au cœur, tandis que
je lève les yeux vers le ciel. Une masse
opaque déborde des ouvertures entre les grilles du plafond. Des croissances en
fer qui pendent des grilles s’attroupent
vers le quai de façon perturbante.
Jeune femme, jeune homme en tandem passent. Le tandem me
rappelle mon enfance
(5) Les sons de la gare
L’heure : 10h30
Cette fois, je ne bouge pas pour m’installer autre part.
3 mecs en face de moi ;
L’un porte
une casquette « New York Yankees » et fume ce que j’imagine d’être
une clope roulée.
Une femme perchée sur des hauts-talons noirs et portant un
manteau « haute couture » au motif bébé-requins, bigarré, passe.
Je me rends compte de l’avoir regardée fixement un peu trop longtemps. En revenant
dans le présent je constate le passage d’un homme, l’air officiel, vêtu d’un
gilet orange. Je me demande s’il en possède d’autres couleurs aussi (disons,
jaune ?) Aucun mendiant.
Je remarque la paire du tandem qui tente actuellement de se stationner de manière confortable,
juste en face. Impossible (c’est un lieu transitoire, malgré tout
Troisième chien, l’air curieux-malin. Homme qui porte un
gilet, couleur bleu, de la SNCF. Je me rends compte que je n’avais encore entendu
aucun des bruits qui proviennent de mes alentours ; ni les sifflements du train, ni le bric-à-brac
des piétons en retard, ni les oiseaux, ni les annonces dans le haut-parleur, ni les petits pleurnichards...
Si ceci était un tableau, je le baptiserais : « Parmi
les détritus d’un visuel assourdissant »
(6) Les gens de la
guerre
L’heure : 10h37
Homme habillé d’un gilet orange passe (le même d’il y a
quelques minutes ? ‘Chui pas même certaine)
Un père, deux fils, tous courent, l’un après l’autre après
l’autre – vont-ils attraper leur train ? Le drame, ne zappez pas !
Je regarde les chaussures des passants :
--baskets blanches
--tennis roses
--baskets grises
--mocassins
marron
Un mec, grosse barbe grise, chapeau orné de plumes, se plante en face de moi. Je me
demande si mon arrière-grand-père aurait été capable de fabriquer un tel
chapeau, si on le lui avait demandé. (J’imagine qu’il aurait trouvé un moyen,
même s’il ne savait pas comment)
Je me sors de ma
rêverie et vois bottes, lunettes, sac, se mettre à courir aussitôt, dans la direction opposée.
Autre homme, gilet bleu (il revient, cette fois ‘chui
certaine) ; je dois baisser les yeux car la verrière du plafond est
aveuglante
Je parcours les étagères de la rue avec une voracité insatiable.
Chaque étagère déborde de tomes différents ; soit des panneaux de
verre reliés-épais, soit des volets qui invitent les mains enfantines, soit des
poignées et heurtoirs de série, soit des vieilles pierres qui s’effritent. Je
marche le long de la même ruelle deux jours consécutifs, et sans faute mes
doigts sont attirés par de nouveaux romans. Dans la liste qui suit, je vous
présente les exemplaires parfois disponibles parmi les étagères qui s’étalent
entre le café Molière et la grande cathédrale de Tours :
(2) Grande portée pour les véhicules : « SORTIE
VÉHICULE – NE PAS STATIONNER ICI »
{pour ceux
qui aiment la littérature contre-culture, cf. On the Road Again de Kerouac}
(1) Des fenêtres rouges, roses, vertes, toutes accolées
{pour ceux
qui aiment la poésie prosaïque, cf. « Le mauvais vitrier » de
Baudelaire}
(4) Des volets en bois
{pour ceux
qui ne craignent point des grandes tornades, cf. celle dans The Wizard of Oz, de L. Frank Baum}
(2) Portes avec des poignées en fer, centrales
{pour ceux
qui recherchent
l’aventure, cf. The Chronicles of Narnia
de C.S. Lewis}
(1) Une muraille de pierre, vieille grosse porte de bois, bleue, ornée d’un
motif de cercles carrés
{pour ceux
qui ne cessent d’envisager le colporteur aux yeux clairs, cf. Leïla Sebbar}
(1) Un grillage de fer noir
{pour ceux
qui aiment les œuvres de Hugo, cf. Les
Misérables}
(5) Des étrangetés atroces, visibles à travers la fenêtre transparente de
L’Insolite
{pour ceux qui ont envie d’un cauchemar
littéraire}
(2) Soupirail
gris au sol
{pour ceux
qui recherchent une suite
aux intrigues qui traitaient des elfes de maison à Poudlard}
(3) En face du petit parc, un bâtiment de trois étages, chacune
avec des fenêtres de styles différents
{pour ceux
qui ont aimé la surcharge sensorielle de Au
Bonheur des Dames de Zola}
(1) Petite porte de couleur bleu vif, ornée d’un motif floral complexe
{pour ceux
qui aiment l’imaginaire, cf. Le Petit
Prince de St. Exupéry}
(6) Fenêtres costaudes, étroitement clôturées
{pour ceux qui recherchent un casse-tête à
la Perec}