samedi 1 juin 2019

écriture 8


Camila - Coleccionista de Canciones






















 {écriture 8 = "horloge" }

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écriture 7: "Tentative d'épuisement de la gare de Tours le 30 mai 2019"


Comme des enfants -- Coeur de Pirate


(1) Sur le parvis de la gare

L’heure : 10h03

Ciel pluvieux, nuages grisâtres – couleur des cheveux d’une meuf qui me rappelle encore une fois Chantal (elle est partout)
Les oiseaux circulent, de telle façon qu’ils semblent tracer un parallèle avec les pensées molles en train de mouliner dans ma tête
Deux mecs, un mec, 3 mecs, se croisent sans se rendre compte (j’imagine) de la présence les uns des autres
Un autre fume une clope, non-roulée

J’entretiens des pensées qui doivent se concrétiser par mon regard.
Enfoncé (c’est-à-dire trop concentré) ? Potache (c’est-à-dire pas à sa place) ? Inquiet ? (…toujours)

(2) Dans le hall de la gare

L’heure : 10h10

2 meufs, 1 mec, une paire ;  chacun.e ne laisse que des pas transitoires derrière lui.elle.
Maintenant, tou.te.s disparu.e.s

Je ne vois ni mendiante, ni mendiant autour de moi. Une femme s’arrête juste devant moi, deux valises, une dans chaque main. Avant la terminaison de cette phrase, elle s’est déjà effacée

En fait j’ai eu tort, il y a quelques minutes ; un mendiant vient de s’approcher de moi, m’a demandé de l’argent pour un café, juste un café madame…

J’ai rien répondu ; plutôt j’ai fixé des yeux un sommet (prétendu) aléatoire, qui a filé avec lui.

(3) Le sol de la gare

L’heure : 10h17

Je m’assieds, malgré la saleté. Ma mère ne l’aurait jamais fait (c’est-à-dire s’asseoir ici, je pense ; mais je ne suis pas en fait convaincue par ma propre réflexion). Je constate une lignée grise parmi la vieille blancheur du sol ; même le plancher poussiéreux a son propre liseré. Le vacarme mécanique des trains stationnés me fait mal aux oreilles.

Une mère, jeune fille ; 2 mecs, chacun porte un bonnet ; je vois le deuxième chien du matin.

Déjà de nouveau arrivés sont installés, leurs pas ouatés mènent l’enfilade feutrée du matin.

(4) Le plafond de la gare

L’heure : 10h25

La froideur du banc m’effleure – des tressaillements glacés m’arrivent directement au cœur, tandis que je lève les yeux vers le ciel. Une masse opaque déborde des ouvertures entre les grilles du plafond. Des croissances en fer qui pendent des grilles s’attroupent vers le quai de façon perturbante.

Jeune femme, jeune homme en tandem passent. Le tandem me rappelle mon enfance

(5) Les sons de la gare

L’heure : 10h30

Cette fois, je ne bouge pas pour m’installer autre part.

3 mecs en face de moi ;
            L’un porte une casquette « New York Yankees » et fume ce que j’imagine d’être une      clope roulée.

Une femme perchée sur des hauts-talons noirs et portant un manteau « haute couture » au motif bébé-requins, bigarré, passe. Je me rends compte de l’avoir regardée fixement un peu trop longtemps. En revenant dans le présent je constate le passage d’un homme, l’air officiel, vêtu d’un gilet orange. Je me demande s’il en possède d’autres couleurs aussi (disons, jaune ?) Aucun mendiant.


Je remarque la paire du tandem qui tente actuellement de se stationner de manière confortable, juste en face. Impossible (c’est un lieu transitoire, malgré tout

Troisième chien, l’air curieux-malin. Homme qui porte un gilet, couleur bleu, de la SNCF. Je me rends compte que je n’avais encore entendu aucun des bruits qui proviennent de mes alentours ; ni les sifflements du train, ni le bric-à-brac des piétons en retard, ni les oiseaux, ni les annonces dans le haut-parleur, ni les petits pleurnichards...

Si ceci était un tableau, je le baptiserais : « Parmi les détritus d’un visuel assourdissant »

(6) Les gens de la guerre

L’heure : 10h37

Homme habillé d’un gilet orange passe (le même d’il y a quelques minutes ? ‘Chui pas même certaine)

Un père, deux fils, tous courent, l’un après l’autre après l’autre – vont-ils attraper leur train ? Le drame, ne zappez pas !

Je regarde les chaussures des passants :
--baskets blanches
--tennis roses
--baskets grises
--mocassins marron

Un mec, grosse barbe grise, chapeau orné de plumes, se plante en face de moi. Je me demande si mon arrière-grand-père aurait été capable de fabriquer un tel chapeau, si on le lui avait demandé. (J’imagine qu’il aurait trouvé un moyen, même s’il ne savait pas comment)

Je me sors de ma rêverie et vois bottes, lunettes, sac, se mettre à courir aussitôt, dans la direction opposée.

Autre homme, gilet bleu (il revient, cette fois ‘chui certaine) ; je dois baisser les yeux car la verrière du plafond est aveuglante




écriture 6: "c'est une rue qui part du Molière..."


La Femme - Sphynx - clip officiel



Je parcours les étagères de la rue avec une voracité insatiable. Chaque étagère déborde de tomes différents ; soit des panneaux de verre reliés-épais, soit des volets qui invitent les mains enfantines, soit des poignées et heurtoirs de série, soit des vieilles pierres qui s’effritent. Je marche le long de la même ruelle deux jours consécutifs, et sans faute mes doigts sont attirés par de nouveaux romans. Dans la liste qui suit, je vous présente les exemplaires parfois disponibles parmi les étagères qui s’étalent entre le café Molière et la grande cathédrale de Tours :

(2) Grande portée pour les véhicules : « SORTIE VÉHICULE – NE PAS STATIONNER ICI »
            {pour ceux qui aiment la littérature contre-culture, cf. On the Road Again de Kerouac}

(1) Des fenêtres rouges, roses, vertes, toutes accolées
            {pour ceux qui aiment la poésie prosaïque, cf. « Le mauvais vitrier » de Baudelaire}

(4) Des volets en bois
            {pour ceux qui ne craignent point des grandes tornades, cf. celle dans The Wizard of Oz,            de L. Frank Baum}

(2) Portes avec des poignées en fer, centrales
            {pour ceux qui recherchent l’aventure, cf. The Chronicles of Narnia de C.S. Lewis}

(1) Une muraille de pierre, vieille grosse porte de bois, bleue, ornée d’un motif de cercles carrés
            {pour ceux qui ne cessent d’envisager le colporteur aux yeux clairs, cf. Leïla Sebbar}

(1) Un grillage de fer noir
            {pour ceux qui aiment les œuvres de Hugo, cf. Les Misérables}

(5) Des étrangetés atroces, visibles à travers la fenêtre transparente de L’Insolite
            {pour ceux qui ont envie d’un cauchemar littéraire}

(2) Soupirail gris au sol
            {pour ceux qui recherchent une suite aux intrigues qui traitaient des elfes de maison à    Poudlard}

(3) En face du petit parc, un bâtiment de trois étages, chacune avec des fenêtres de styles différents
            {pour ceux qui ont aimé la surcharge sensorielle de Au Bonheur des Dames de Zola}

(1) Petite porte de couleur bleu vif, ornée d’un motif floral complexe
            {pour ceux qui aiment l’imaginaire, cf. Le Petit Prince de St. Exupéry}

(6) Fenêtres costaudes, étroitement clôturées
            {pour ceux qui recherchent un casse-tête à la Perec}