lundi 17 juin 2019

écriture: autoportrait (avec françois bon)

Dans la rue, je mets mes écouteurs. J’ai grande peur de laisser des taches de dentifrice dans l’évier de la salle de bain. La nuit, les formes indistinctes, floues, des autocollants phosphorescents au plafond me captivent. Je me demande si la serveuse du Valmy me reconnaît déjà,, celle aux cheveux longs, habituellement en queue de cheval lisse. Ça me fait un plaisir inouï d’entendre les gamin.e.s qui font de la trottinette dans la rue. Il y a quelques jours, j’ai dû me ressaisir avant d’indiquer à une mère et son fils comment aller de la place Plume à la rue Nationale : [profonde inspiration] Oui, oui, faut simplement continuer à droite, oui, oui, par là, ouais, pas de soucis, au revoir ! [deuxième profonde inspiration ; puis doux soupir]. Quand je regarde l’ancienne muraille de la ville, dans le jardin des Vikings, ma première pensée va à la réplique du Kotel à côté du bima dans ma syna d’enfance ; ma deuxième pensée va au vrai mur des lamentations à Jérusalem ; et ma troisième me ramène aux vieux murs palimpsestes d’Istanbul, de l’été passé. Parfois je songe à compter les feuilles des arbres une par une, avenue André Malraux. Quel luxe, de pouvoir ainsi passer une journée entière à compter des feuilles d’arbre ! Suis-je encore féministe, alors que je baisse la tête pour marcher en ville ? L’autre jour, de l’autre côté d’un carrefour, j’ai remarqué une femme à vélo qui portait mes chaussures. Aux bruits des avions qui déchirent le ciel, je me remémore une guerre que j’ai pas vécue. Mon imperméable, est-il trop américain ? (Alors : reflète-elle mon âme ?) Je mets mes boucles d’oreille, ma bague, ma montre ; je suis brave. Jamais plus je ne quitterai une résidence sans au moins un de ces accessoires, pour me rappeler ma dignité. (T’entends, Sophie ?) J’éternue sans cesse allongée dans l’herbe, je décide de m’y planter quand même. Au début, j’ai hésité avant de traverser les carrefours. Ici je jacasse sans relâche. Toujours je crains la prochaine catastrophe : qu’est-ce que je vais manger cet après-midi, ce soir, demain matin, demain au déjeuner, demain soir, pendant la durée entière de l’année qui arrive ???? L’une des dernières fois qu’il était chez nous, mon grand-père nous avait expliqué la détresse des jeunes qui meurent de faim à Philadelphie. La première fois que je l’ai revu, environ trois ans et une enfance après, il m’avait acheté un café. Aucun mot sur les affamés. De temps en temps, seule, je savoure la forme de mes lexèmes préférées : cham-bou-ler ; cris-{sssss}-per ; bou-lev-er-se-{mmm}-ment ; puisque. Récemment j’ai commencé à me réveiller, en mi-journée, pour me rappeler de VIVRE. J’accroche mes serviettes au cadre de la fenêtre. Mardi, un arc-en-ciel transperça les nuages éloignés. [Quand je m’ennuie, je travaille mon passé simple]. Comme si un tel passé existait, au niveau de nos expériences éprouvées… Généralement je préfère les framboises aux fraises ; ici, mes certitudes bien réglées se renversent. Je fixe des yeux une passante et me demande ce qu’elle ressent en rentrant chez elle, les soirs. Même phénomène, avec les mecs que je croise. Aussitôt j’arrache mes doigts du clavier et commence à
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Bande-son: Imposters (Little by Little) - The Fratellis

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