Date :
le 21 mai 19
L’heure :
11h29
Temps :
frais ; un soleil timide jette un coup d’œil fugace à la ville, derrière des
nuages doux qui occultent le ciel bleu vif ; au fur et à mesure les rayons
du soleil s’intensifient, je constate
Je m’assieds
sur un banc, dans un jardin public rue Buffon. Des arbres de taille assez
grande s’étendent vers le bleu infini du ciel et me donnent l’impression de
cacher cet espace vert, ainsi le protégeant des alentours bien véhiculés.
De mon
perchoir qu’est le banc j’entends :
-des oiseaux
qui chantent aux octaves variées, composant ensemble les strates d’un orchestre
faunique – les altos, les sopranos, s’y trouvent même quelques ultra-sopranos
parmi eux
-une musique,
tout à fait exotique, qui existe en décalage bizarre avec la circulation
pressée de l’urbanité tourangelle le midi
-quelques pas
– quelqu’un fait craquer les brindilles sur le sol en marchant derrière moi
-les bruits
d’un chantier, en face du parc où je me trouve (…il me semble que les traces
d’hier deviennent les façades d’aujourd’hui, celles qui elles-mêmes feront
ensuite les rues de demain, quelque soit le monde dans lequel l’on se
trouve ; c’est le cycle de la vie ?)
Il est déjà
11h41 ; je dois m’en aller pour rentrer au Café le Molière mais je
préférerais rester ici, chez moi [malgré l’environnement auparavant inconnu]
dans une solitude et un silence interrompus que par mes pensées distraites. Je
pars
***
à 11h52 – ‘chui rentrée au café maintenant, avec les
autres. En écoutant la conversation à côté de moi, je souhaiterais que le
français y figure plus, et je me fâche contre eux pour ne pas avoir la
confiance de tenter de converser en français en ce moment ; puis je me fâche,
et avec beaucoup plus de virulence, contre moi-même – à cause de mon
impatience, à cause de mon manque de considération, à cause de l’acidité
cruelle de mes méditations qui ne reflètent point la gentillesse à laquelle
j’aspire, que j’ai honte d’apprivoiser comme les miennes.
Je m’arrache
de mon angoisse morale et tente d’entrer dans la conversation.
***
à [plus tard] – je suis maintenant rentrée, encore une
fois, cette fois chez ma famille d’accueil. En relisant tout ce que j’avais
écrit hier, je suis un peu attristée par la dureté de mes paroles, surtout
envers moi-même. Depuis mon enfance je lutte quotidiennement pour faire plaisir
à autrui ; soit mes parents, soit mes profs, soit mes ami.e.s, soit des
inconnu.e.s au supermarché. Presque jamais à Sarah, c’est-à dire à moi. C’est
une lutte qui je comprends me suivra pendant toute la durée de ma vie.
Récemment je crois que j’ai réussi beaucoup plus à prendre le temps de m’écouter
et de m’adresser la tendresse que je tente offrir aux autres ; mais je
remarque que depuis mon arrivée ici à Tours, les anciennes forces qui ont
tendance de m’éloigner de mes propres besoins resurgissent. Ce qui crée un
autre fil de rapprochement entre ma nouvelle vie ici à Tours et la vie qui me
connaît bien de l’autre côté de l’Atlantique : c’est-à dire que cette expérience
émotionnelle, qui me rappelle forcément mes expériences émotionnelles
quotidiennes aux E-U, n’est qu’un autre rappel de mon existence transatlantique,
qui m’était déjà rappelé par le set de table fleuri de Claire et Patrick que je
suis certaine d’avoir déjà vu dans un autre foyer (je crois celui de ma
grand-mère à New York) ; par le t-shirt du magasin Place Plumereau
blasonné des mots « Poudlard » et « moldus », qui me
faisaient tout de suite penser aux tomes de Harry
Potter traduits en français (les premiers livres « d’adulte » que
j’ai lus en français vers l’âge de quinze ans) ; et par la pyscho-rigidité
de la penderie bien étiquetée dans ma maison d’accueil, qui me rappelait tout
de suite les comportements « OCD » de mon frère et mon oncle.
Je me demande
comment les « 21 mai[s ]» des années encore à venir vont figurer
parmi toutes mes expériences-en-train-de-devenir-souvenirs de ce 21 mai 2019.
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